Un nouveau projet pour éclaircir le cycle du carbone des mangroves

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Réceptacles à biodiversité, les mangroves sont aussi de puissantes alliées dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elles stockent le carbone et en transfèrent une partie vers les océans, un processus encore mal connu. Un nouveau projet lancé cet automne aspire à mieux appréhender la dynamique de ce flux, afin d’établir un bilan carbone mondial plus précis.

Présentes dans plus de 120 pays, les mangroves occupent une place essentielle dans la santé des écosystèmes et l’atténuation du changement climatique. Ce sont de petites forêts spécifiques de la zone intertropicale, constituées essentiellement de palétuviers (une espèce d’arbre adaptée aux milieux marins salés), qui colonisent les littoraux à la frontière entre terre et mer dans la zone intertidale. Réservoirs de biodiversité, puits de carbone, protectrices contre l’érosion des sols et les vagues… leurs pouvoirs sont nombreux. Un autre ? Elles participeraient activement au cycle du carbone planétaire en jouant un rôle important dans les flux des milieux terrestres côtiers vers les océans. Lancé à la fin du mois d’octobre 2025, le nouveau projet DOICOM, en collaboration avec le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) [1], a pour objectif de mieux comprendre ce processus et d’évaluer plus exactement l’implication des mangroves dans le bilan mondial du carbone. [2]

Carbone vert ou carbone bleu ?

On distingue le carbone vert, stocké dans les écosystèmes forestiers terrestres, du carbone bleu, stocké dans les écosystèmes océaniques, tels que les herbiers marins, les marais salés ou encore les mangroves. Lorsque ces dernières captent le CO2 de l’atmosphère, elles peuvent piéger ce carbone de deux manières : par photosynthèse dans leur biomasse – la partie organique végétale – ou par sédimentation dans le sol, proche de leurs racines.

Des puits à carbone super efficaces

Ces végétaux tropicaux contribuent significativement à la séquestration du CO2. En effet, on estime qu’elles seraient 3 à 5 fois plus efficaces que les forêts terrestres. Ceci s’explique par la sédimentation lente de la litière (feuilles, branches et racines mortes) riche en carbone dans ces milieux aqueux, humides et pauvres en oxygène. Les mangroves ont ainsi la capacité de séquestrer de 50 à 70 % de leur carbone dans les sédiments.

D’après l’Unesco (l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), un hectare de mangrove pourrait stocker jusqu’à 3 800 tonnes de carbone, soit l’équivalent des émissions de CO2 générées annuellement par plus de 2 600 voitures thermiques. En moyenne, ces milieux stockent durablement aux alentours de 1 000 tonnes de carbone.

Triple objectif de la campagne d’échantillonnage

Selon l’équipe Oceanis du LSCE qui participe au projet DOICOM, « les écosystèmes de mangroves [du monde entier] contiennent 2,6 Gigatonnes de carbone dans leurs sols et leurs racines. » Une partie de ce carbone reste stockée au sein de ces écosystèmes. Une autre, « substantielle mais mal connue », est rejetée vers les océans – milieu qui contribue aussi activement à la séquestration du CO2.

Une campagne d’échantillonnage est prévue dans deux régions, l’une en Gambie et l’autre au Brésil (déjà réalisée à la mi-novembre). Plusieurs analyses seront ensuite effectuées sur les prélèvements d’eau et de sol récoltés pour permettre de :

  • mieux évaluer les flux de carbone, depuis les mangroves vers l’océan côtier ;
  • cerner le rôle que peuvent avoir ces écosystèmes sur l’acidification des océans ;
  • comprendre les évolutions de flux en fonction des saisons.

Les résultats de l’étude permettront ainsi d’évaluer plus précisément l’interaction entre les cycles terrestres et océaniques dans ces milieux et de déterminer, à terme, le rôle précis que jouent les mangroves dans le cycle mondial du carbone.

Une perte de terrain

Les mangroves couvrent entre 13 et 15 millions d’hectares dans le monde (jusqu’à 23 millions selon certaines estimations), soit la superficie de la Grèce environ. Elles ne représentent ainsi qu’environ 0,4 % du domaine forestier mondial, ce qui souligne l’importance de préserver ces milieux.

En outre, elles « disparaissent trois à cinq fois plus vite que la perte totale de forêts à l’échelle mondiale (…). Selon les estimations actuelles, la superficie des mangroves a été divisée par deux au cours des 40 dernières années. », indique l’Unesco. Réduire la superficie de ces écosystèmes, c’est non seulement perdre leur énorme pouvoir de séquestration du CO2, mais aussi potentiellement libérer dans l’atmosphère de grandes quantités de carbone stockées •


[1] Le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) est une unité mixte de recherche du Commissariat à l’Énergie Atomique et aux énergies alternatives (CEA), du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et de l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines (UVSQ).

[2] Le projet DOICOM est une collaboration entre le LSCE, l’ENS, le LMD (France), le CEAB-CSIC (Espagne) et est effectué dans le cadre du LMI TAPIOCA IRD-MARBEC (France), l’UFPE et l’UFRPE (Brésil). Il est financé par l’Institut Pierre Simon Laplace.


Rédigé par François Terminet.

Image : Forêt de mangroves au Kenya, Source : unsplash/Timothy K

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