La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a publié, en février 2026, un nouveau rapport soulignant le lien réciproque entre les entreprises et la biodiversité. Selon les auteurs, les entreprises doivent rapidement réviser leurs pratiques vis-à-vis de la nature, car il en va de leur propre survie. Des stratégies adaptées leurs sont ainsi proposées pour accompagner ces transformations.
« La croissance de l’économie mondiale s’est faite au prix d’une perte immense de biodiversité, qui représente désormais un risque systémique critique et généralisé pour l’économie, la stabilité financière et le bien-être humain. » C’est le constat général de l’IPBES [1] dans la dernière édition de son rapport « Entreprises & biodiversité ». Le texte a été approuvée par les représentants des 150 gouvernements membres de l’IPBES lors de la 12ème session, à Manchester, de la plénière de l’organe intergouvernementale indépendant.
Un lien à entretenir
Selon les 79 experts (issus de 35 pays) à l’origine du dossier, les entreprises ont un rôle majeur à jouer pour stopper la perte de biodiversité à l’échelle mondiale, puisqu’elles contribuent aujourd’hui énormément à son déclin. En outre, elles dépendent toutes directement ou indirectement de la nature, que ce soit en termes de ressources premières, de disponibilité des milieux pour le tourisme par exemple, etc…
Puisque cette réciprocité entre biodiversité et entreprises est inéluctable, il est urgent de revoir leur lien. Un changement profond doit ainsi être engagé afin d’établir les conditions propices à la préservation de la nature, tout en continuant à assurer la rentabilité des entreprises.
Un déséquilibre considérable
À titre indicatif, les auteurs du rapport estiment que « 7 300 milliards de dollars de flux financiers mondiaux soutiennent des activités qui entraînent une perte de biodiversité, tandis que seulement 220 milliards de dollars sont consacrés à des activités de restauration, de conservation et d’utilisation durable de la nature. » Par ailleurs, les barèmes de sanctions actuellement établies ne sont pas suffisants pour inciter les entreprises à prendre suffisamment de mesures positives en faveur de l’environnement.
« La réalité paradoxale est qu’il semble souvent plus rentable pour les entreprises de dégrader la biodiversité que de la protéger. Le « statu quo » a pu sembler rentable à court terme, mais les impacts de plusieurs entreprises peuvent avoir des effets cumulatifs et engendrer des conséquences mondiales susceptibles d’entraîner des basculements écologiques (…) Avec les bonnes politiques, ainsi que des changements financiers et culturels, ce qui est bon pour la nature constitue aussi le meilleur choix en termes de rentabilité. », souligne Stephen Polasky, coprésident de l’évaluation.
Une méthodologie adaptative
Le rapport ne fait pas qu’accabler les entreprises et propose ainsi des stratégies et une liste de 100 actions à entreprendre pour mesurer significativement leurs impacts sur la biodiversité et leur dépendance à son égard. Une méthode unique n’est souvent pas suffisante et les actions devront donc être multipliées.
Le rapport se veut comme un guide détaillé en adaptant les données et connaissances scientifiques exhaustives sur lesquelles il se base au langage des entreprises. Les mesures proposées peuvent ainsi être mises en place par les entreprises sur quatre niveaux : leur fonctionnement, leurs activités, leur chaîne de valeur et leur portefeuille.
Parmi ces 100 actions, on retrouve par exemple :
- Établir des mécanismes de participation des communautés autochtones et locales à la prise de décision ;
- Renforcer les capacités du personnel et le leadership environnemental au niveau du conseil d’administration ;
- Explorer et adopter des modèles commerciaux alternatifs ;
- Cartographier les acteurs de la chaîne de valeur et assurer la traçabilité pour prioriser et orienter l’action ;
- Intégrer les communautés aux activités de création de valeur, telles que l’approvisionnement, la production et la distribution…
Par ailleurs, le travail doit être collaboratif entre les entreprises et entrepris par tous, les gouvernements, les institutions financières et la société civile y compris. Ce pourquoi, le rapport propose également des actions à destination de ces derniers, afin de fournir un cadre favorable à la transformation des entreprises en faveur de la biodiversité •
[1] Créée en 2012, l’IPBES est l’interface entre la communauté scientifique et les gouvernements. Il publie des travaux qui servent d’appui aux négociations internationales pour freiner le déclin de la biodiversité.
Rédigé par François Terminet.
Source image : iStock



