Renard, fouine, corneille… l’abattage de ces « nuisibles » est inefficace en France

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Une récente étude du MNHN montre, qu’en France, les actions de gestion létales des animaux « nuisibles » ne permettent pas de réduire les dommages économiques attribués à ces espèces et coutent plus cher par ailleurs que le cout réel des dégâts. En outre, elles ne permettent pas non de plus réguler leur population.

En France, ainsi que d’en d’autres pays, certains animaux, comme le renard roux ou la pie bavarde, sont classés comme « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD) par le Ministère de la transition écologique [1]. Ils sont aussi communément appelés « nuisibles ». Listés dans le Code de l’environnement, l’administration française met en avant leurs effets néfastes sur les activités économiques humaines (agriculture, élevage, sylviculture…) et sur la santé humaine et animale pour justifier la gestion de leur population, avec des méthodes pouvant aller jusqu’à l’élimination létale. 1,7 million de ces espèces sont ainsi abattues chaque année en France seulement. Une récente étude de chercheurs du Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Cesco) du Musée national d’Histoire naturelle, publiée en mars 2026 sur la revue ScienceDirect, ne semble cependant pas montrer de corrélation entre cette pratique et une évolution positive des coûts des dommages attribués à ces espèces.

Un lien très faible entre efforts de contrôle et coûts des dommages

Le terme « nuisible » est donné à une espèce selon le montant (au moins 10 000 €) des dommages qui lui sont attribués au cours des trois années précédentes ou de son nombre dans une zone géographique donnée (à partir de 500 spécimens). Suivant ces conditions, les activités de « lutte antiparasitaire » (tir, piégeage…) peuvent être engagées, quand bien même aucun dégât n’aurait été recensé sur la nouvelle période de trois ans.

Grâce à l’analyse des données [2] de sept années de saisons (12 mois) de chasse fournies par chaque département à l’administration nationale, l’équipe de chercheurs du Cesco a pu montrer que « l’augmentation des mesures de contrôle [létal] ne réduit pas le coût des dommages. À l’inverse, la réduction, voire l’arrêt, de cet effort n’augmente pas les dommages. » Les chercheurs ont même observé que statistiquement plus le nombre d’animaux éliminés était élevé une année, plus les dégâts étaient importants l’année suivante.

L’abattage sélectif n’a pas d’effet sur la réduction des populations

Derrière la stratégie de contrôle létal, la logique voudrait que la régulation des « nuisibles » par la réduction de leur nombre entraine une diminution des dommages. Sur ce point, l’étude s’est principalement concentrée sur les espèces d’oiseaux (corneille noire, pie bavarde…).

Encore une fois, les chercheurs démentent cette hypothèse : « la lutte létale contre les ravageurs, même renforcée, ne régule pas nécessairement les effectifs. » Il a même été observé un effet inverse pour certaines espèces d’oiseaux. En effet, celles-ci auraient la capacité de s’adapter et de rétablir leur population rapidement suite à ces diminutions d’effectifs. Ce constat se manifeste également chez les renards.   

Le contrôle létal coute plus cher que les dégâts

Enfin, l’étude met en avant un dernier point qui contredit la logique économique de l’abattage des ESOD. En effet, les coûts annuels engagés dans l’élimination létale (entre 103 et 123 millions d’euros par an) – main d’œuvre, matériel et déplacements – sont en moyenne 7 à 8 fois supérieurs à ceux des dommages (entre 8 et 23 millions d’euros par an). « En l’état actuel des choses, la régulation des populations de renards, de mustélidés, de corvidés et d’étourneaux en France ne se justifie pas économiquement. », appuient les chercheurs.

Là encore, le contrôle létal peut même engendrer des conséquences supplémentaires, puisque certaines espèces offrent des retombées économiques positives. Les petits carnivores contribuent par exemple à la régulation des populations de rongeurs. Les corvidés eux participent à la dispersion des graines. Autant de services qui font que ces espèces ne sont pas si « nuisibles ». « La France a subi une perte potentielle de 100 à 454 millions d’euros de services de dispersion des graines suite à l’abattage de 62 278 geais durant la période étudiée », argumentent les auteurs.

Une refonte du système de gestion de ces espèces

Puisque selon les résultats de l’étude, l’objectif économique de la mise en œuvre de la lutte antiparasitaire n’est pas atteint, les chercheurs appellent à réviser la politique de gestion des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts « en concentrant d’urgence les efforts sur la réduction et la prévention des dommages, sans user de mesures létales. » [3]

Il est également impératif de communiquer notamment auprès des agriculteurs les conséquences pratiques et économiques que peuvent avoir ces pratiques. La France pourrait s’inspirer d’autres pays européens qui leur offrent une compensation financière pour éviter l’abattage •


[1] Certaines espèces font l’objet d’une réglementation assignée par des arrêtés départementaux.

[2] L’étude se concentre sur les nuisibles vertébrés indigènes de catégorie 2, à savoir le renard roux, la fouine, la martre des pins, le putois, la belette, la corneille noire, le corbeau freux, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet.

[3] Répulsifs dans les semences, systèmes de dissuasion, etc.


Rédigé par François Terminet.

Image : Trois renardeaux, Source : ©F. Cahez/MNHN

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