Une nouvelle étude, dirigée par le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement [1], met en lumière l’implication démesurée des petites activités de déforestation dans les forêts tropicales humides sur le réchauffement climatique. Bien qu’elles ne représentent que 5% de la surface déboisée, ces petites zones seraient responsables de plus de la moitié des pertes de carbone de ces milieux en seulement 30 ans. Selon les auteurs, il est primordial de laisser le temps aux jeunes forêts de se régénérer pour limiter ce phénomène.
Les systèmes forestiers contribuent activement à la lutte contre le changement climatique. Ce sont des puits de carbone terrestres qui stockent une grande partie du CO2 émis à l’échelle mondiale. Les forêts de type tropical en particulier peuvent stocker près de la moitié du carbone forestier terrestre. Ce sont néanmoins les premières à prendre de plein fouet les activités humaines, en particulier la réaffectation des sols. Cette déforestation a pour conséquence de libérer dans l’atmosphère de grandes quantités de carbone stockées et ainsi d’amplifier le réchauffement climatique. La logique voudrait que la déforestation de grande ampleur soit responsable des plus grandes pertes de carbone. Une récente étude, publiée en janvier 2026 sur la revue Nature, semble montrer l’inverse puisque les petites activités de déforestation seraient à l’origine de plus de la moitié des pertes.
Les forêts tropicales humides bien plus touchées
Contrairement aux modélisations antérieures, cette nouvelle étude s’est appuyée, entre autres, sur des cartes haute résolution de la biomasse fournies par l’Agence spatiale européenne. Ainsi, les différents types de perturbations (déforestation, incendies…) affectant les forêts tropicales ont pu être mieux représentés et quantifiés.
Les résultats montrent que les forêts tropicales sèches ont conservé dans l’ensemble un bilan neutre en carbone depuis 1990. A contrario, les forêts tropicales humides ont, quant à elles, subi de lourdes pertes, avec aux alentours de 16 milliards de tonnes de carbone rejetés depuis 30 ans (de 1990 à 2020) [2].
Les petites plutôt que les grandes
Dans le détail, les chercheurs se sont aperçus que les perturbations sur de petites zones – des clairières inférieures à 2 hectares (soit l’équivalent de deux terrains de football) – jouaient un rôle important dans ces pertes. « Notre étude révèle que les petites perturbations des forêts, et non seulement les grandes déforestations ou les incendies que l’on voit typiquement en Amazonie, sont à l’origine de la majorité des pertes de carbone tropicales », indique Yidi Xu, auteure principale de l’étude.
Bien que ces petites perturbations ne représentent que 5% de la surface totale déboisée, elles sont à l’origine, à elles-seules, de 56 % des pertes nettes de carbone sur cette période. Ce constat touche en particulier les forêts tropicales humides d’Afrique et d’Asie du Sud-Est.
La responsable : l’absence de régénération
Selon les scientifiques, « la conversion persistante (en cultures, pâturages, routes ou zones urbaines) des terres sans régénération forestière » est à l’origine de ces conséquences. Il est donc essentiel, d’une part, de réduire l’expansion agricole – principal vecteur de conversion – et, d’autre part, de protéger les jeunes forêts en régénération. « Protéger les jeunes forêts en régénération est aussi essentiel que prévenir la déforestation », souligne Yidi Xu. Les politiques environnementales doivent ainsi prendre en compte les conséquences de la déforestation à tous les échelons.
En outre, l’étude montre « qu’à l’inverse, les pertes de carbone induites par les grands incendies (dans les régions forestières tropicales sèches) ont été compensées par la régénération à long terme des forêts après sinistre. » Ceci met en avant, à nouveau, l’importance d’une régénération des forêts pour lutter contre le réchauffement climatique et pour préserver ces écosystèmes •
[1] Le LSCE est une unité mixte de recherche entre le CEA, le CNRS et l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines.
[2] La pluviométrie est un des principaux critères de distinction entre les forêts tropicales humides et sèches. Les forêts tropicales humides reçoivent en moyenne près de 2 mètres de pluie par an, tandis que les forêts tropicales sèches sont caractérisées par des saisons plus sèches où les arbres peuvent perdre leurs feuilles pour survivre.
Rédigé par François Terminet.
Source image : Pexels / Chait Goli



