Depuis l’époque préindustrielle et coloniale, l’Afrique subsaharienne a perdu près d’un quart de ses populations animales et végétales

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Une nouvelle étude sud-africaine, publiée le 3 décembre 2025 dans la revue Nature, révèle que la région subsaharienne a perdu en moyenne 24 % de ses populations fauniques et floristiques par rapport aux niveaux historiques préindustriels. Certaines espèces, notamment les grands mammifères, ont pu perdre jusqu’à 80% de leurs populations. Pour les auteurs, le changement d’affectation des sols est le principal responsable de cette dégradation.

L’intégrité d’un écosystème correspond au degré de similarité entre sa composition, sa structure et son fonctionnement actuels et ceux d’un état de référence. Plusieurs modèles permettent de l’évaluer à l’échelle mondiale et/ou régionale. Toutefois, ces évaluations restent hétérogènes notamment en raison du manque de données dans les pays les moins développés, comme cela peut être le cas dans les régions subsahariennes. En outre, il arrive qu’elles soient aussi incomplètes ou erronées, car les approches employées sont parfois trop générales et simplistes et ne tiennent pas compte des spécificités propres à chaque écosystème. Pour combler ces lacunes, une équipe de chercheurs de l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud a réalisé une évaluation exhaustive de l’intégrité de la biodiversité dans la région subsaharienne. Les données l’alimentant ont été récoltées avec le concours de 200 experts africains spécialisés en biodiversité.

Une chute depuis l’époque préindustrielle

Depuis le début de l’époque industrielle et coloniale, les activités humaines ont grandement affecté les écosystèmes. « Nous estimons que l’Afrique subsaharienne a perdu un peu moins d’un quart de sa biodiversité préindustrielle. », déclarent les scientifiques. L’indice d’intégrité de la biosphère (BII), utilisé dans l’étude, permet de quantifier et d’évaluer ces impacts entre un état de référence (vers 1700) avant les premières altérations anthropiques et notre époque. Cet indice est proposé par ailleurs comme mesure pour l’une des neuf limites planétaires.  

« L’Afrique subsaharienne présente actuellement un indice d’intégrité de la biodiversité estimé à 76 %. Cela signifie que les populations indigènes de vertébrés et de plantes de la région ont diminué en moyenne jusqu’à atteindre 76 % de leurs niveaux de référence. », indiquent les chercheurs. Suivant les espèces, le bilan est assez contrasté, mais on observe tout de même des pertes dans chacune d’entre elles. Les grands mammifères herbivores et carnivores sont les plus touchés, avec des chutes de populations pouvant aller jusqu’à 80%. De nombreuses espèces d’arbres et de plantes, comme les épiphytes, ont également subi de fortes baisses. Les plantes herbacées et les graminées, eux, s’en sortent mieux (environ 90% d’intégrité) car ils s’adaptent plutôt bien au changement d’affectation des sols.

Cartographie de l’intégrité de la biodiversité à travers l’Afrique subsaharienne

Une différence selon les biomes…

Les chercheurs mettent en avant une disparité régionale de l’intégrité de la biodiversité, liée, d’une part, au type de biome et, d’autre part, au régime d’occupation des sols. Dans le premier cas, l’étude montre que les zones les plus arides sont les plus proches de leur état de référence, à l’inverse du fynbos – une région florale du cap – et des prairies, souvent converties en terres agricoles. « En moyenne, l’indice BII est plus faible chez les vertébrés que chez les plantes dans la plupart des biomes (prairies, fourrés, savanes humides, savanes à acacias et zones arbustives). Font exception le fynbos et le désert, où les vertébrés sont plus performants que les plantes, et la forêt, où l’indice BII est similaire pour les deux groupes d’espèces. », détaillent les scientifiques.

… et l’affectation des sols

L’indice d’intégrité de la biodiversité est étroitement lié à l’intensité de l’utilisation des sols, avec les taux les plus bas dans les zones urbanisées et les plantations forestières. En outre, l’intégrité de la biodiversité est largement dégradée dans les zones agricoles intensives des plaines, contrairement aux petites exploitations agricoles plus nombreuses des savanes. Ce constat est très préoccupant puisqu’on annonce un doublement de la demande céréalière d’ici 2050 en Afrique subsaharienne. La déforestation est aussi un facteur majeur de perte de biodiversité.

Du point de vue des nations, la Namibie et le Botswana sont les pays qui affichent les meilleurs résultats, là où le Rwanda et le Nigéria ont les taux les plus faibles, en raison d’une plus grande superficie de cultures. Concernant ce point, l’équipe note que ces pays sont référencés comme ayant les meilleurs taux dans les autres modèles existants, ce qui envoie un signal contraire à leurs résultats et peut avoir de lourdes conséquences sur les politiques régionales et nationales. Au global, seulement 12 des 42 pays de la région ont conservé plus de 80 % de l’intégrité de leur biodiversité.

Pour quels modèles de conservation ?

L’étude montre aussi que les terres non protégées et largement préservées, où les populations coexistent avec la biodiversité et en dépendent, sont les zones qui accueillent aujourd’hui le plus d’organismes vivants. « Des pays comme la Namibie et le Botswana démontrent que la conservation des grands mammifères peut être intégrée avec succès à des systèmes de gouvernance foncière plus larges, grâce à des modèles tels que les réserves communautaires et les économies de la faune sauvage qui favorisent le développement en responsabilisant les populations locales en tant que gardiennes de la biodiversité. », expliquent les chercheurs.

Les aires protégées, bien qu’efficaces pour certaines espèces, sont souvent trop petites et encore mal documentées. Ces résultats soulignent le besoin d’entreprendre davantage d’études sur les différents modèles de conservation et leur efficacité •


Rédigé par François Terminet.

Image : Un éléphant en Afrique du Sud, Source : Pexels/João Aguiar

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