Grâce à leurs caractéristiques physiques et biologiques uniques, les espèces fondatrices sont essentielles à la formation et la structuration des paysages marins, notamment ceux à proximité des côtes. Selon une récente étude française, elles contribueraient à améliorer de 72 % en moyenne la richesse de ces milieux comparés à d’autres comme les fonds marins. Ces travaux inédits fournissent à la fois une meilleure compréhension du fonctionnement de ces écosystèmes et des pistes pour améliorer leur préservation et leur restauration.
Il est difficile de quantifier précisément les services rendus par certaines espèces à leur environnement. C’est pourtant ce qu’ont tenté de faire des chercheurs de l’Ifremer et de l’Université de Bretagne occidentale en s’intéressant aux espèces fondatrices qui occupent les écosystèmes marins côtiers, telles que les coraux, les mangroves, les herbiers marins, ou encore les laminaires (un type d’algues). Pas moins de 311 articles scientifiques internationaux ont été épluchés pour réaliser cette étude publiée dans Biological reviews.
Un rôle central
Sortes d’architectes, les espèces fondatrices sous-marines jouent un rôle aussi crucial que varié : refuge et garde-manger pour de nombreuses autres espèces, stabilisation des températures de l’eau, limitation de l’acidification, atténuation de l’énergie des vagues… Autant de fonctions qui en font des piliers centraux des écosystèmes côtiers, dont dépendent également de nombreuses activités humaines, notamment grâce à la réduction du risque d’inondation.
Ces espèces sont pourtant menacées depuis plusieurs décennies. En fin d’année 2024, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) déclarait que 44 % des espèces de coraux bâtisseurs dans les récifs du monde entier sont menacées d’extinction. En outre, une récente étude alertait sur le risque d’une dégradation importante et rapide des récifs coralliens de l’Atlantique tropical occidental dans les prochaines années. De la même façon, plus de 50 % des écosystèmes de mangroves sont aujourd’hui menacés d’effondrement.
Un écrin de biodiversité
L’étude révèle qu’en comparaison à d’autres écosystèmes marins, tels que les fonds rocheux ou sableux, les paysages sous-marins côtiers abriteraient une biodiversité en moyenne 72% plus riche à l’échelle mondiale. C’est la première fois que la contribution des espèces fondatrices à ce type de milieu est mesurée.
L’analyse des caractéristiques de ces différentes espèces montre également que chacune d’elles contribuent à façonner un écosystème doté d’une identité propre, ce qui les rend d’autant plus précieuses et indispensables. « Par exemple, les forêts de laminaires fixées aux récifs offrent des surfaces d’attache pour les balanes, anémones, éponges, vers tubicoles et autres invertébrés. De leur côté, les herbiers vont oxygéner les sédiments grâce à leurs racines, limitant le risque d’anoxie, la baisse du niveau d’oxygène dans l’eau », détaille l’Ifremer dans son communiqué.
Éroder davantage ces milieux vulnérables, c’est risquer à terme de perdre définitivement le rôle clé des espèces fondatrices dans le maintien de la biodiversité côtière mondiale. « La disparition de ces habitats mène à une homogénéisation des paysages sous-marins, compromet le fonctionnement des écosystèmes et favorise le développement d’espèces invasives », souligne l’institut de recherche.
Mieux adapter la conservation et la restauration
Au-delà du chiffrage apporté par l’étude, cette dernière fournit aussi un cadre pour les travaux de restauration et de conservation des écosystèmes littoraux, des espèces fondatrices et des autres espèces qui en bénéficient. Les auteurs proposent ainsi « un catalogue de traits caractéristiques [des espèces fondatrices étudiées] sur lesquels les gestionnaires des littoraux pourront s’appuyer pour restaurer les écosystèmes côtiers fragilisés par le changement global en réintroduisant des espèces fondatrices locales, sélectionnées selon leurs apports pour le milieu. »
En outre, les mesures compensatoires prises dans un contexte d’urbanisation pourront davantage prendre en compte ces mêmes caractéristiques. « En adaptant la forme des éco blocs, ces cubes en béton insérés pour créer des flaques artificielles, ceux-ci pourraient reproduire les volumes de la faune et de la flore d’origine, ou intégrer des abris inspirés des habitats naturels » indique par exemple l’Ifremer •
Rédigé par François Terminet.
Image : Poisson lion dans des récifs coralliens, Source : Freepik/Yaroslav Danylchenko



