Une étude de mars 2026 montre que les insectes peuplant les zones tropicales à basse altitude pourraient avoir atteint leur limite de tolérance aux fortes chaleurs. Beaucoup ne pourraient ainsi pas survivre à la hausse des températures attendue avec le réchauffement climatique, en particulier ceux des régions amazoniennes. Les auteurs soulignent l’importance de protéger les forêts humides qui pourraient leur servir de refuges ou encore de zone de transition vers les espaces à haute altitude, plus adaptés contre la chaleur.
Le réchauffement climatique touche l’ensemble de la biosphère. Les insectes, qui représentent la majorité des espèces animales, y sont particulièrement vulnérables. Souvent délaissés et mal compris, leur avenir reste incertain. Une équipe de chercheurs allemands de l’Université de Wurtzbourg a donc étudié plus en profondeur l’impact de la hausse des températures sur 2300 espèces d’insectes différentes localisées sur les gradients altitudinaux afrotropicaux (Afrique subsaharienne, Madagascar, …) et néotropicaux (Amériques du sud et centrale) – des régions qui accueillent plus de 70 % des insectes de la planète.
Des protéines pour résister à la chaleur extrême
Les biologistes indiquent que les insectes ont la capacité de s’adapter à des températures élevées, notamment grâce à la production de « protéines de choc thermique ». Mais celles-ci ont leur limite, notamment lorsqu’il s’agit de dépasser un certain seuil.
Les scientifiques se sont ainsi attachés à mesurer plusieurs indicateurs sur les insectes sélectionnés. Dans un premier, des expérimentations ont été menées pour déterminer les gammes de tolérance thermique des insectes en fonction des espèces (2 300 pour 242 familles) et s’il existe une limite supérieure à cette tolérance. Ces températures critiques maximales ont ensuite été comparées aux températures de fusion de plusieurs milliers de protéines par espèce (chez plus de 600 espèces, ce qui couvre l’ensemble du règne des insectes). Ceci permet de déterminer à partir de quelle température les insectes risquent un coma thermique ou la mort. Enfin, les scientifiques ont cherché à prédire l’effet des températures futures (selon les scénarios climatiques SSP à l’horizon 2100) sur les insectes.
Une tolérance moindre en basse altitude
L’étude suggère que les espèces situées dans les basses terres tropicales, en particulier dans la zone néotropical, sont beaucoup plus vulnérables à la hausse des températures que celles situées en haute altitude ( > 1200 mètres). En effet, les résultats montrent que leur seuil de tolérance thermique est plus faible et qu’elles s’adaptent également moins bien. Par ailleurs, les auteurs soulignent que « les limites supérieures de tolérance thermique, fixées par des contraintes évolutives, pourraient déjà avoir été atteintes. »
Pour autant, ils n’excluent pas totalement leur potentiel d’adaptation, mais cela reste peu probable, voire irréalisable sur le plan du métabolisme. En définitive, les chercheurs estiment que « jusqu’à 52 % des futures températures de surface et 38 % des températures de l’air [1] dans les basses terres amazoniennes pourraient entraîner une mortalité due à la chaleur chez la moitié de la communauté étudiée. »
Préserver les forêts tropicales humides
« Sans stratégies pour échapper à la chaleur, en se déplaçant vers des altitudes plus élevées ou d’autres refuges plus frais, en entrant en diapause ou en trouvant des abris contre la chaleur, de nombreux insectes mourront », expliquent les scientifiques. Il est donc essentiel de protéger les habitats qui pourraient leur servir d’asile.
Les forêts tropicales humides, qui fournissent ombre et protection thermique, apparaissent ainsi cruciales dans ce rôle. Limiter leur déforestation et les garder le plus intact possible est vital pour les insectes, mais aussi pour la lutte contre le réchauffement climatique de manière générale. En outre, la connectivité forestière permet aussi de servir de pont vers les zones de haute altitude plus clémentes •
[1] Les températures de surface correspondent à celles mesurées à la lumière directe du soleil et les températures de l’air, celles dans des environnements ombragés.
Rédigé par François Terminet.
Source image : Papillon dans le Parc national de Manú au Pérou, Source : unsplash / Leon Beckert



